« Le gaz, une partie de la solution aux enjeux du changement climatique »

28/05/2015

Jérôme Schmitt, ancien directeur Développement durable et Environnement chez Total, explique en quoi gaz et renouvelables forment un duo complémentaire pour répondre aux besoins en énergie d’une planète en croissance et soucieuse de son impact sur l’environnement.

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Quel rôle peut jouer le gaz dans l’évolution du mix énergétique ?

Diminuer l’intensité carbone de l’économie mondiale est une nécessité. Il faut l’accompagner progressivement, pour que les acteurs s’adaptent, et avec des solutions économiques. Car l’essentiel du monde est en croissance et a besoin d’une énergie durable, propre et accessible. Dans la génération électrique, les énergies renouvelables présentent de ce point de vue des avantages évidents, mais aussi quelques inconvénients. Ainsi, pour que l’énergie solaire soit compétitive et suffisante, il faut du soleil en quantité et régulièrement, tout comme pour le vent s’agissant de l’éolien. Or, nous savons que ce sont des énergies intermittentes. Se pose donc la question du stockage. D'ailleurs Total soutient des start-up qui travaillent sur cet enjeu, mais il faudra encore du temps avant de trouver des solutions fiables et économiques.

En outre, les énergies renouvelables sont encore émergentes. Il faudra des dizaines d’années et beaucoup d’investissements pour qu’elles représentent une part prépondérante du mix.

Le gaz, pour sa part, répond à toutes les contraintes : accessibilité, pérennité et impact environnemental. Une centrale à gaz peut fonctionner 24 heures sur 24. La ressource est disponible en grande quantité. Et, elle émet deux fois moins de CO2 qu’une centrale à charbon. L’ensemble des centrales à charbon rejette environ 10 milliards de tonnes de CO2 par an, soit un cinquième des émissions mondiales… Les remplacer par des centrales alimentées au gaz naturel permettrait de réduire de moitié ces émissions.

Pourquoi alors ne remplace-t-on pas les centrales à charbon par des centrales à gaz ?

D’autres facteurs que l’environnement entrent en ligne de compte. Prenons le cas de l’Europe. La production d’électricité y provient pour environ un quart d’énergies renouvelables, un quart du nucléaire, et un quart du charbon, contre 15 % seulement pour le gaz ! Il y a plusieurs raisons à ce décalage surprenant pour un continent qui se veut exemplaire en matière de climat. Tout d’abord, même si le mix électrique est globalement équilibré, c’est plus le fait du hasard qu’autre chose, chaque pays fixant sa politique énergétique. Ensuite, le charbon est plus accessible que le gaz sur le vieux continent. Enfin, les deux principaux consommateurs de charbon en Europe –Pologne et Allemagne– sont sur le frein lorsqu’on parle de rééquilibrage charbon-gaz. En Pologne, c’est une question de sécurité énergétique : ne pas être entre les mains du gaz russe. Et, en Allemagne, l’économie liée au charbon fait encore vivre plus de 80 000 mineurs.

Comment changer la donne pour impulser une politique européenne en faveur du gaz ?

Pour répondre aux enjeux climatiques, il est important de donner un prix approprié à l’externalité gaz carbonique. Celui porté par l’ETS (Emission Trading System, ndlr) en Europe est insuffisant pour réduire la part de notre électricité provenant du charbon mais déjà pénalisant pour l’industrie, mal protégée, et qui affronte des concurrents chinois ou américains exonérés de ce poids. Pour réduire de 40 % ses émissions de CO2 entre 1990 et 2030, l’Europe devra pourtant s’attaquer à la question du charbon ! Nous tenons donc à Bruxelles, aux Nations unies et ailleurs un discours simple : d’une part les industriels ont une partie des solutions aux enjeux du changement climatique entre leurs mains mais ont besoin de signaux clairs, globaux, progressifs et non déséquilibrés pour investir avec confiance sur le long terme ; d’autre part les solutions doivent être accessibles et rentables pour être durables. C’est le cas du gaz mais, justement, il est pénalisé par l’absence de signaux clairs en sa faveur, tout au moins en Europe…

Interview réalisée en partenariat avec La Tribune